Un point quatre. C’est l’écart que la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a creusé entre deux catégories d’épargnants. Depuis le 1er janvier 2026, les prélèvements sociaux sur les revenus du capital sont passés de 17,2 % à 18,6 % — mais pas pour tout le monde. Assurance vie, épargne logement et immobilier ont été explicitement épargnés. Voici, placement par placement, quel taux s’applique au vôtre.
En bref
- La hausse vient d’une seule ligne : la CSG passe de 9,2 % à 10,6 %. La CRDS (0,5 %) et le prélèvement de solidarité (7,5 %) ne bougent pas.
- Passent à 18,6 % : dividendes, plus-values mobilières, compte-titres, PEA, épargne salariale, crypto-actifs.
- Restent à 17,2 % : assurance vie, PEL et CEL, revenus fonciers, plus-values immobilières, PEP.
- Restent à 0 % : Livret A, LDDS, LEP et Livret Jeune, totalement exonérés d’impôt et de prélèvements sociaux.
- Deux cas ne sont pas clairement tranchés à ce jour : le PER et la location meublée. Nous le disons plutôt que de trancher à votre place.
Une hausse de 1,4 point, et une seule ligne qui bouge
Les « prélèvements sociaux » ne sont pas un impôt unique : c’est un empilement de trois contributions. Avant 2026, l’addition donnait 17,2 %. Depuis le 1er janvier, elle donne 18,6 % pour une partie des placements — et l’écart tient entièrement à la CSG.
| Composante | Avant 2026 | Depuis 2026 |
|---|---|---|
| CSG | 9,2 % | 10,6 % |
| CRDS | 0,5 % | 0,5 % |
| Prélèvement de solidarité | 7,5 % | 7,5 % |
| Total | 17,2 % | 18,6 % |
La mesure figure à l’article 12 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 et s’applique aux revenus perçus à compter du 1er janvier 2026. Le législateur a choisi une hausse ciblée : plutôt que de relever la CSG pour tous les revenus du patrimoine, il a maintenu le taux de 9,2 % sur une liste limitative de revenus.
Le tableau, placement par placement
C’est cette liste limitative qui décide de tout. Voici où se range chaque enveloppe.
| Placement | Taux 2026 | Quand il s’applique |
|---|---|---|
| Livret A, LDDS, LEP, Livret Jeune | 0 % | Jamais : exonération totale, impôt compris |
| Assurance vie | 17,2 % | Sur les gains, au rachat (fonds en euros : chaque année) |
| PEL et CEL | 17,2 % | Sur les intérêts, chaque année |
| Revenus fonciers (location nue) | 17,2 % | Sur le revenu net foncier |
| Plus-value immobilière | 17,2 % | À la vente, sur la base abattue |
| PEA | 18,6 % | Au retrait, sur le gain — au taux en vigueur ce jour-là |
| Compte-titres : dividendes, plus-values | 18,6 % | À l’encaissement ou à la cession |
| Crypto-actifs | 18,6 % | À la conversion en euros (flat tax totale : 31,4 %) |
| Épargne salariale | 18,6 % | Sur les gains, au déblocage |
Le cas du PEA mérite une précision qui surprend beaucoup d’épargnants : le taux appliqué est celui en vigueur au moment du retrait, et non celui de l’année où le gain a été réalisé. Un plan ouvert il y a quinze ans et clôturé aujourd’hui supporte donc 18,6 % sur la totalité de sa plus-value. Le détail du fonctionnement de l’enveloppe est dans notre guide sur le PEA.

Les deux cas qui ne sont pas tranchés
Autant le dire franchement : sur deux points, les sources professionnelles ne disent pas la même chose, et nous n’allons pas inventer une certitude.
Le PER. Certains commentateurs le classent avec les placements financiers, donc à 18,6 %. D’autres relèvent que le texte ne le mentionne pas explicitement et qu’un PER assurantiel pourrait suivre le régime de l’assurance vie, donc rester à 17,2 %. La distinction entre PER bancaire et PER assurance pourrait bien être décisive. Si votre sortie est proche, faites confirmer le taux par votre gestionnaire avant d’arbitrer. Le fonctionnement général du produit est détaillé dans notre article sur le plan d’épargne retraite.
La location meublée. Les revenus fonciers de la location nue sont clairement exclus de la hausse. Le meublé, lui, relève des BIC et non des revenus fonciers : plusieurs spécialistes en concluent qu’il bascule à 18,6 %, d’autres le maintiennent à 17,2 %. Là encore, la prudence commande de vérifier avec votre comptable si votre résultat est bénéficiaire — car sans bénéfice imposable, la question ne se pose pas. Notre guide sur la location meublée détaille les régimes applicables.
Ces deux zones grises devraient se clarifier avec les premiers commentaires de l’administration. Nous mettrons cette page à jour.
Ce que 1,4 point change vraiment
Sur une petite somme, l’écart est symbolique. Sur un capital constitué, il cesse de l’être.
- 2 000 € de plus-value sur un PEA : 372 € de prélèvements sociaux, contre 344 € avant. 28 € d’écart.
- 20 000 € de plus-value : 3 720 € contre 3 440 €. 280 € d’écart.
- 60 000 € de plus-value au moment de clôturer un plan pour financer un projet : 11 160 € contre 10 320 €. 840 € d’écart.
Le point à retenir n’est pas le montant, c’est la hiérarchie entre enveloppes. À rendement égal, un euro de gain logé dans une assurance vie sort désormais mieux qu’un euro logé sur un compte-titres. L’écart de 1,4 point s’ajoute aux différences déjà existantes de fiscalité et de transmission — nous les comparons dans assurance vie ou PEA.
Et rappelons l’évidence que la hausse rend plus vraie encore : les livrets réglementés restent à zéro prélèvement. Leur rendement est modeste, mais il est net de tout.
Notre avis
Cette hausse est un mauvais signal davantage qu’un mauvais coup : 1,4 point ne justifie pas de déplacer une épargne bien placée, et surtout pas au prix de frais de sortie ou d’une perte d’antériorité fiscale. Ce qu’elle change, c’est l’ordre dans lequel on remplit ses enveloppes. Pour un versement neuf, l’assurance vie et l’épargne logement viennent de gagner un avantage mécanique qu’elles n’avaient pas il y a un an. Notre réserve, en revanche : un régime qui bouge deux fois en trois ans finit par coûter plus cher en décisions ratées qu’en points de prélèvement. Construisez sur ce qui ne bouge pas — l’horizon, les frais, la diversification — plutôt que sur un taux.
Questions fréquentes
Mon assurance vie est-elle concernée par la hausse ?
Non. L’assurance vie a été explicitement exclue de la hausse votée dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Ses gains restent soumis à 17,2 % de prélèvements sociaux, au même titre que l’épargne logement.
La hausse s’applique-t-elle aux gains réalisés avant 2026 ?
Pour le PEA, oui : le taux retenu est celui en vigueur au jour du retrait, quelle que soit l’année où la plus-value s’est constituée. Pour les revenus encaissés (dividendes, intérêts), c’est la date de perception qui compte, à partir du 1er janvier 2026.
Le Livret A est-il touché ?
Non, et il ne l’a jamais été. Le Livret A, le LDDS, le LEP et le Livret Jeune sont exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Leur rendement affiché est un rendement net.
Faut-il déplacer son épargne à cause de ces 1,4 point ?
Rarement. Un transfert peut entraîner des frais, une fiscalité de sortie et la perte de l’ancienneté fiscale d’un contrat — trois coûts qui dépassent vite 1,4 point. La question se pose surtout pour les nouveaux versements.
Et les cryptomonnaies ?
Elles sont concernées : la flat tax applicable aux plus-values de cession atteint 31,4 % en 2026, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Le mécanisme complet est expliqué dans notre article sur la taxation des gains en cryptomonnaie.





